Frontière syro-turque: 120 heures entre la paix et une grande guerre

Le passage de la rive ouest à la rive est de l’Euphrate sur le pont de Karakozat est une sorte de pas dans une Syrie pratiquement inconnue jusqu’ici. Cette partie du pays est auréolée par des mythes sur de méchants Kurdes et l’arbitraire des radicaux sur les routes et dans les villages.
Nouvelles réalités
De la ville de Minbej à la frontière turque, on passe trois à quatre barrages routiers sur une route bien goudronnée. Aujourd’hui, ce sont des miliciens kurdes et des militaires syriens qui y montent la garde. Il y a encore une semaine, un tel tableau aurait été parfaitement inimaginable, tant à Damas que dans l’administration kurde.
Quoi qu’il en soit, la réalité dicte de nouvelles règles, et les combattants sur le terrain assurent qu’il est tout à fait normal que les citoyens d’un seul et même pays fassent front uni, malgré leurs origines différentes, face à la menace d’une opération de la Turquie ayant décidé de franchir la frontière et de gagner le pont de Karakozat sur la route M4. C’est le long de celle-ci qu’Ankara a décidé de tracer la frontière de sa «zone de sécurité».

Pourtant, le Président turc Recep Tayyip Erdogan qui avait annoncé le 9 octobre une opération dans le nord de la Syrie contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit en Turquie, et Daech* a déjà échoué dans son dessein de guerre éclair et de victoire rapide. Mercredi soir, Ankara et Washington ont annoncé 120 heures de cessez-le-feu pour permettre le retrait des unités kurdes «au-delà de la rivière» et à une trentaine de kilomètre à l’intérieur du territoire syrien.
Chemin faisant vers la ville frontalière d’Aïn al-Arab, largement connue sous son nom kurde Kobané, on peut admirer ce beau fleuve, mentionné dans la Bible. On ne cesse toutefois de dépasser des convois des militaires syriens qui concentrent depuis quelques jours à la frontière des effectifs et des armements lourds d’artillerie.
Dimanche, les dirigeants kurdes se sont entendus avec Damas sur l’introduction de troupes gouvernementales syriennes sur la rive est de l’Euphrate vers la frontière avec la Turquie pour protéger la population et les territoires.

Dans le gouvernorat d’Hassaké, en dépit des promesses de cessez-le-feu, des combats acharnés pour la ville de Ras al-Aïn et les villages aux alentours se sont poursuivis, tout comme des frappes massives de l’aviation et de l’artillerie de la Turquie.
Aujourd’hui, les militaires et les habitants de Kobané se préparent à de nouveaux combats, en espérant cependant que tout se limitera à des batailles diplomatiques.

«Nous sommes à la frontière. Les habitants nous ont accueillis favorablement. Avec les combattants kurdes, nous sommes également en bons termes. Nous sommes citoyens d’un seul et même pays et nous le défendrons ensemble. Si la Turquie se décide à attaquer dans cette direction qu’elle sache qu’une bonne riposte lui est réservée», raconte au correspondant de Sputnik un garde-frontière syrien qui a fixé le portait du Président Bachar el-Assad sur la porte de son poste.

Ankara affirme que son opération Source de paix n’est destinée qu’à créer une zone tampon à la frontière turco-syrienne et à faciliter le retour des réfugiés syriens hébergés en Turquie. De son côté, Damas n’a cessé de condamner la politique d’occupation de la Turquie dans le nord de la Syrie.

 

Par Mikhaïl Alaeddine

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