Les talibans affirment leur respect pour l’accord américain historique

Les talibans ont confirmé mercredi qu’ils entendaient respecter l’accord historique avec les États-Unis, qui ont toutefois réclamé une réduction de la violence et l’accélération du processus de paix avec Kaboul.

Les talibans sont «engagés dans l’accord signé avec l’Amérique», a déclaré Haibatullah Akhundzada, arrivé à la tête des insurgés en 2016, dans un rare message écrit à l’occasion de l’Aïd el-Fitr, qui marque la fin du ramadan. Ce religieux, un ex-chef des tribunaux talibans, a aussi appelé «l’autre camp à respecter ses engagements et à ne pas laisser passer cette occasion cruciale».

Ces nouvelles déclarations positives interviennent au moment où l’émissaire des États-Unis, Zalmay Khalilzad, se trouvait justement à Doha, au Qatar, pour rencontrer les talibans. Mais aussi au moment où elles semblent contredites dans les faits par une succession d’attaques des rebelles contre les forces afghanes.

Le négociateur américain, tout en saluant une série de trois entretiens «constructifs» avec son homologue au sein des talibans le mollah Abdul Ghani Baradar, a d’ailleurs émis un rappel à l’ordre.

«J’ai dit aux talibans que la violence par tous les acteurs devait diminuer», a-t-il tweeté. Il a aussi souligné que tous les aspects du texte signé le 29 février avec les insurgés après plus de 18 années de guerre étaient «imbriqués».

L’accord de Doha prévoit le départ de toutes les troupes américaines étrangères d’Afghanistan d’ici mi-2021. En échange, les talibans ont pris des engagements en matière de lutte contre le terrorisme, et ont promis d’ouvrir des négociations de paix directes inédites avec le gouvernement de Kaboul, visant dans un premier temps à aboutir à un cessez-le-feu permanent.

Si les Américains ont entamé leur retrait, le début des négociations interafghanes a déjà plus de deux mois de retard. Et la violence se poursuit: les talibans ont cessé toute attaque contre les troupes de la coalition internationale, mais ils multiplient les assauts contre les forces de sécurité afghanes.

À Kaboul, Zalmay Khalilzad a d’ailleurs évoqué mercredi avec le président afghan Ashraf Ghani l’importance d’un «cessez-le-feu ou d’une réduction de la violence avant le début de discussions directes» entre le gouvernement et les talibans, d’après les services du chef de l’Etat.

Et ce au moment où le pouvoir a ordonné aux forces de sécurité de reprendre leurs opérations offensives mises en pause depuis la conclusion de l’accord américano-taliban, après l’assaut donné la semaine dernière à une maternité de la capitale qui avait fait 24 morts.

Washington, qui l’a imputé au groupe terroriste, État islamique, paraît ménager les insurgés, estiment plusieurs analystes. Les États-Unis, leur président Donald Trump en tête, ne font pas mystère de leur volonté de quitter au plus vite l’Afghanistan, où ils mènent la guerre la plus longue de leur histoire.

Les talibans se sont montrés particulièrement actifs cette semaine. Mardi, ils tentaient de prendre Kunduz, une ville stratégique du nord qu’ils ont attaquée à de multiples reprises ces dernières années et ont même brièvement contrôlée. Mais ils ont failli, perdant 40 hommes tandis que 50 de leurs combattants ont été blessés, selon le ministère de la Défense.

La veille, l’un de leurs kamikazes se faisait exploser dans un véhicule militaire piégé devant un bâtiment des services de renseignement à Ghazni (Est), faisant sept morts et des dizaines de blessés.

La semaine dernière, les talibans avaient également annoncé avoir mené une attaque au camion piégé contre un bâtiment de l’armée afghane à Gardez (est). Au moins cinq civils avaient alors été tués et quinze blessés, d’après les autorités. Des responsables gouvernementaux ont fait état de 3800 attaques talibanes depuis mars, qui ont fait plus de 1300 morts et blessés.

La mission d’assistance onusienne en Afghanistan (Manua), dans un rapport paru mardi, a de son côté recensé 208 civils tués en avril par les rebelles, un chiffre en hausse de 25% par rapport à avril 2019. Les pertes civiles infligées par les forces de sécurité à la population ont de leur côté augmenté de 38% sur un an, avec 172 morts en avril, selon la Manua.

par: Arab Observer

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