Bagdad: Deux manifestants ont été tués lors d’affrontements

Bagdad: Deux manifestants ont été tués mercredi à Bagdad théâtre d’une bataille rangée entre policiers et protestataires réclamant la chute du pouvoir, tandis que le sud de l’Irak est pris dans la fumée noire des pneus brûlés qui bloquent routes et administrations.
Depuis le 1er octobre, les Irakiens crient leur ras-le-bol à la face de dirigeants qu’ils jugent corrompus et incompétents et qui ne leur ont présenté aucune réforme majeure en deux mois de ce qui est devenu la pire crise sociale de l’histoire récente de l’Irak.

Et le bilan qui ne cesse de s’alourdir –plus de 350 morts et 15.000 blessés, pour la plupart des manifestants, selon un bilan compilé à partir de sources médicales et de sécurité– n’y fait rien.

Inlassablement, le premier mouvement social spontané depuis des décennies gagne du terrain. Les écoles du Sud et les universités de Bagdad sont à l’arrêt depuis des semaines. Les administrations qui n’ont pas fermé leurs portes se font placarder des banderoles en travers de leur fronton: “Fermée sur ordre du peuple”.
Et désormais la mobilisation dans le coeur historique et commerçant de Bagdad a deux visages. D’un côté, la place Tahrir où les fresques murales, distribution de nourriture et autres concerts publics s’enchaînent jour et nuit. De l’autre, les ponts et rues à colonnades qui la jouxtent sont devenus le théâtre de scène de guerre.
Dans un nuage de lacrymogène, des jeunes avancent sous de maigres boucliers de tôle ondulée pour jeter des pierres sur les forces casquées et bottées, ou retourner au lanceur les grenades lacrymogènes. Les policiers, eux, sont retranchés derrière des murs de béton montés à la hâte en travers des rues.
C’est là, entre la rue Rachid –les Champs Elysées de Bagdad pendant des décennies– et le pont al-Ahrar, les hommes libres en arabe, que deux manifestants ont été fauchés par des balles, ont indiqué médecins et policiers. Un photographe sur place a vu de nombreuses balles fuser depuis les lignes des forces de l’ordre.
Déjà mardi, un jeune manifestant y était tombé, tandis qu’un autre mourrait, 100 kilomètres plus au sud, à Kerbala, où les violences, habituellement nocturnes, ont eu lieu pour la première fois en plein jour.
En soirée, des attaques à la moto piégée revendiquées par le groupe Etat islamique (EI) –que l’Irak a déclaré défait il y a deux ans– avaient fait six morts à Bagdad, où les attentats avaient quasiment disparu depuis deux ans.
Mercredi, en prévention, les autorités religieuses de la ville sainte chiite de Kerbala ont décrété deux jours de fermeture dans leurs écoles du Sud. Et les administrations à Nassiriya ont également été fermées pour deux jours.
Car des villes comme Kerbala jusqu’ici épargnées par la violence ont été gagnées mardi par les affrontements.
Les manifestants veulent une refonte du système politique et le renouvellement complet de dirigeants qui en 16 ans ont fait s’évaporer l’équivalent de deux fois le PIB du pays, soient 410 milliards d’euros perdus, selon les chiffres officiels.
A al-Hilla, la désobéissance civile pacifique a basculé mardi dans la violence. En deux jours, les grenades lacrymogènes y ont fait une centaine de blessés, selon les médecins.
Là, comme à Najaf, Kout ou Diwaniya, écoles et administrations sont fermées. Dans ces villes comme dans l’immense cité pétrolière de Bassora à la pointe sud de l’Irak, toutefois, les forces de sécurité se sont retirées et aucune violence n’a été signalée jusque-là.
“Le gouvernement a perdu toute légitimité, tous les jours ils se réunissent soi-disant pour discuter nos revendications, mais nous, on n’attend rien d’eux”, lance  un manifestant à Bassora.

Le ressentiment est particulièrement fort dans cette ville assise sur la majorité des réserves en or noir de l’Irak, deuxième producteur de l’Opep.
Ici, renchérit un autre manifestant, depuis la chute de Saddam Hussein lors de l’invasion américaine en 2003, “on vit dans le chaos et la corruption. Bassora devrait être une ville riche mais elle est devenue une déchetterie”.
Le pétrole, unique ressource en devise du pays et qui représente 90% des recettes d’un gouvernement surendetté, est le talon d’Achille du pouvoir.
Ce dernier, après avoir tremblé au début de la contestation, a renforcé son assise, aidé par l’Iran voisin, conspué par la rue qui voit en lui l’architecte du système rongé par le népotisme.
A Nassiriya, par exemple, un sit-in a bloqué l’accès à la branche locale de la compagnie publique du pétrole. Mais jusqu’ici les manifestations n’ont pas atteint production et distribution.



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